Réseau n+i : " Un fort lien de confiance "

Entretien avec Jean-Pierre Trotignon, directeur exécutif

Depuis 1998, le réseau n+i permet à des étudiants étrangers de se former au sein d’écoles d’ingénieurs françaises. En créant des passerelles avec des universités de tous pays et en inventant des dispositifs d’accueil et d’accompagnement originaux, ce réseau dont l’EISTI est un membre,  favorise la venue en France de jeunes du monde entier. Retour sur vingt années d’un parcours intense avec son directeur exécutif et fondateur Jean-Pierre Trotignon.

Comment est né le réseau n+i ?
Jean-Pierre Trotignon : Alors que j’étais en poste à l’ambassade de Londres, je réalise à la demande de Claude Allègre, ministre de l’enseignement supérieur et de Guy Gautherin 1er vice-président de la CDEFI un rapport sur l’ouverture à l’international des écoles d’ingénieurs. J’identifie trois barrières à leur internationalisation : le discours porté à l’étranger est trop touffu et trop complexe, la langue française reste un frein, et les mesures d’accompagnement à la venue des étudiants étrangers sont trop peu développées. C’est pour lever ces obstacles qu’est née l’idée de créer un opérateur unique. Son rôle sera de porter la voix des écoles d’ingénieurs tout en décryptant les formations pour un public étranger peu familier du fonctionnement de l’enseignement supérieur français mais aussi d’apporter des solutions pour faciliter la venue en France.

Comment cela s’est-il traduit concrètement ?
Jean-Pierre Trotignon : Notre première mission est de présenter les formations de façon claire et  lisible à des publics étrangers, le processus de Bologne nous y a aidés. Puis notre objectif est d’accompagner l’étudiant à son arrivée « dès la descente de l’avion », pour une installation sûre et une adaptation facile et rapide. Ce sont des aspects très sécurisants pour le jeune et sa famille et donc plus incitatifs à la mobilité. Très vite, nous avons conçu les Packages d’intégration Culturelle (PIC), Linguistique (PIL), et Méthodologique (PIM). Pour préciser ce dernier,  les méthodes d’enseignement françaises différant de celles des autres pays ce qui peut s’avérer déstabilisant pour un jeune étranger, nous avons d’emblée prévu ce semestre d’adaptation et de transition centré sur les méthodes pédagogiques et la langue, là encore pour mettre en confiance les étudiants et leur donner toutes les chances de réussite (NDLR l’EISTI est centre pour ce Package).

Comment avez-vous démarré ?
Jean-Pierre Trotignon : Certaines rencontres sont décisives dans le lancement d’un projet. Et j’ai reçu un accueil plus que favorable en 1997 de la part de Brian Fender, alors  Chief Executive of the Higher Education Funding Council for England, qui a adhéré pleinement à la démarche et y a apporté un fort soutien y compris financier.  C’est ainsi que nous avons accueilli la  première promotion en 1998, composée de dix britanniques et cinq irlandais. Près de vingt ans plus tard, trois mille ingénieurs venant de plus de quatre-vingts pays ont été formés par l’une de nos écoles membres dont 40% de femmes.

Qu’est le réseau aujourd’hui ?
Jean-Pierre Trotignon : Nous avons connu plusieurs étapes dont quelques années au sein de l’agence Campus France. Aujourd’hui, nous sommes une association à but non lucratif reconnue d’intérêt général, indépendante depuis 2008. Nous comptons quarante-cinq écoles d’ingénieurs membres,  avons passé des accords avec soixante-dix universités à travers le monde et développons nos partenariats avec les entreprises. Chaque année,  nous recevons plus de deux mille dossiers et permettons à quelque deux cents étudiants détenteurs d’un bachelor ou d’une licence de rejoindre une formation d’ingénieurs en France dans des disciplines variées (mécanique, supply chain, électronique, informatique, génie civil, télécom …).  La majorité vient de Chine mais nous accueillons aussi des Indiens, des Egyptiens…

Aujourd’hui quel regard portez-vous sur  ce parcours et quelles sont les perspectives ?
Jean-Pierre Trotignon : Le réseau a permis de fédérer et mutualiser les énergies en matière de coopération internationale. En vingt ans, je suis heureux de voir que les écoles se sont appropriées nos savoirs et sont désormais armées pour aborder certains pays avec nous ou par elles-mêmes, c’était le but. Je salue les directions qui se sont mobilisées et sans lesquelles rien n’aurait été possible. Ce fort lien de confiance est pour moi une réussite.
Aujourd’hui, l’enseignement supérieur mondial se révèle de plus en plus concurrentiel. Ce contexte nous impose de nous réinventer, d’apporter de nouvelles plus-values avec l’ambition d’accueillir plus de jeunes chaque année et d’atteindre, pourquoi pas, des promotions d’un millier d’étudiants.

www.nplusi.com

L’EISTI fait partie des écoles membres du réseau n+i et est également centre PIM (Package d’Intégration Méthodologique). L’école accueille chaque année près d'une vingtaine d’étudiants via le réseau n+i. Consulter notre page dédiée