Remise de Diplômes 2017

Nesim Fintz

Discours prononcé à l'occasion de la remise de diplômes de la promotion 2017.

 

Chers diplômés, chers parents, chers collègues,

 

J’ai conçu mon discours d’aujourd’hui en trois parties :

  1. Tout d’abord les remerciements :

J’adresse en premier lieu mes remerciements aux parents des diplômés qui ont soutenu leurs enfants durant toutes ces années en faisant de multiples sacrifices afin qu’ils puissent avoir la possibilité d’affronter le monde professionnel devenu de plus en plus incertain avec une très belle arme : le diplôme d’ingénieur de l’EISTI et avec quelques accessoires de qualité pour certains, à savoir leur double diplôme.

Ensuite un immense merci à tous les professeurs, à ceux qui vous ont enseigné en maternelle, en école primaire, au collège et au lycée sans remonter jusqu’aux hussards noirs de la République, je pense à ces professeurs qui, il n’y a pas si longtemps, faisaient de la plus petite étincelle dans une classe de l’école de la république un flambeau qui avait pour vocation d’éclairer toute une génération. J’espère que notre actuel ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer, homme de conviction, s’attèlera à faire revenir cette tradition ô combien réjouissante et qui est de nature à combler quelque peu le déterminisme social que je n’accepte pas comme une fatalité et que j’ai essayé de combattre avec ardeur toute ma vie durant.

 

Je ne peux oublier dans ces remerciements les professeurs de l’EISTI qui ont fait preuve durant toute votre scolarité de professionnalisme, de disponibilité, voire d’abnégation à votre égard. Et bien évidemment j’ajoute à mes remerciements le personnel administratif qui a essayé de résoudre tous vos problèmes et ce, en gardant toujours le sourire.

 

Ce tableau de remerciements ne serait pas complet sans ceux que j’adresse de tout cœur aux élèves et aux diplômés de l’EISTI qui ont permis que les 34 années passées à la direction de notre institution soient les plus merveilleuses de toute ma vie.

 

  1. Dans un 2ème temps, j’aimerais vous donner les dernières nouvelles de cette année, je dirais même la nouvelle marquante de l’année.

Comme vous le savez tous, l’EISTI avec ses partenaires l’UCP et l’ESSEC a été lauréate d’une Initiative d’Excellence qui a pour but de faire de cet ensemble l’un des 15 regroupements universitaires que l’Etat accompagnera aussi bien académiquement que financièrement afin qu’ils puissent figurer parmi les meilleures universités mondiales.

Si cette excellente nouvelle tombée en février nous a remplis de joie, nous avons mesuré très rapidement l’ampleur du travail qui nous était demandé pour réussir ce merveilleux challenge. Quant à moi, cette réussite est une évidence tant l’équipe que nous formons avec Vicenzo Vinzi (Directeur Général de l’ESSEC) et François Germinet (Président de l’UCP) est soudée.

J’ai plaisir aussi à rappeler toujours que nous avons été reçus premier de la 2ème vague de cet appel à projets.

 

Notre Initiative d’excellence est basée sur trois piliers :

 

  • Le premier est la création d’un Grand Etablissement qui regroupera les diplômes de Master et doctorat de l’UCP ainsi que les diplômes d’ingénieurs de l’EISTI enrichis par la transformation de certains CMI (Cursus de Master en Ingénierie) de l’université en formation d’ingénieur qui formeront l’école d’ingénieurs de ce Grand Etablissement.

 

  • Le second : la mise en place d’un collège universitaire dans le sens anglo-saxon du terme qui regroupera toutes les formations non sélectives jusqu’à la licence. Notre but est de faire en sorte que le taux de réussite au niveau des licences qui se situe aujourd’hui en moyenne à un peu moins de 36% puisse grimper à 50% voire plus à court terme.

Comment faire pour réussir ce challenge ?

Tout d’abord, après avoir suivi une formation adéquate, les étudiants du Grand Etablissement seront les coachs de ceux du collège. Ensuite tout étudiant ayant réussi son cursus dans ce collège universitaire aura sa place dans le Grand Etablissement. Moi qui suis un fervent adepte de la valeur par l’exemple, je crois vraiment à la réussite de ce modèle.

  • Enfin le troisième pilier sera la construction d’un campus international sur les bords de l’Oise  avec 5000 logements pour les étudiants et les professeurs étrangers non seulement du Grand Etablissement mais aussi d’autres institutions d’enseignement supérieur de l’Ile de France, des espaces de travail communs, un fab-lab et une Aoula Magna. Nous allons très certainement recevoir aussi dans ce campus deux universités étrangères dont une britannique.

Ce campus dont la construction devrait avoisiner le milliard d’euros, a un financement de 250 millions d’euros déjà fléchés.

 

Et quid de l’EISTI dans ce grand projet ? Je voudrais préciser tout d’abord qu’aussi bien pour moi que pour nos partenaires, l’EISTI est une et indissociable avec ses deux campus de Cergy et de Pau.

 

Nous sommes indispensables à la réussite de cette initiative. Nous serons toujours en première ligne avec nos partenaires. L’EISTI sera une des composantes de l’école d’ingénieurs du Grand Etablissement, et pour se faire elle devra devenir publique.

 

Pourquoi avons-nous fait ce choix qui demande une transformation structurelle très forte?

 

Dans tous les palmarès et tous les classements publiés depuis plusieurs années, l’EISTI a été au pire parmi le TOP 15% des écoles d’ingénieurs françaises. Notre objectif est qu’avec le Grand Etablissement, nous pourrons nous mesurer à armes égales avec les autres écoles d’ingénieurs publiques en particulier au sein des Concours Communs Polytechniques, concours dans lequel nous sommes, dois-je le rappeler, l’unique école privée et, si on ajoute à cela le développement de la recherche adossé à celle de l’université, notre chère institution figurera, à ne pas douter, parmi les meilleures écoles d’ingénieurs de l’Hexagone dans les toutes prochaines années.

 

  1. Et enfin, je voudrais, comme à mon habitude, vous prodiguer quelques conseils dans cette ultime réunion où je vous retrouve encore élèves ingénieurs, mes élèves ingénieurs.

 

 

Chers diplômés,

 

Pour chacun d’entre vous qui êtes nés ou bien qui faites depuis plusieurs années vos études en France, je suis sûr que vous êtes sensibilisés aux valeurs de la République.

Lorsque je parle de nos valeurs républicaines, je pense évidemment au fait que ce pays a fait de Zola son idole, qu’il a pleuré à chaudes larmes à l’enterrementde Victor Hugo, qu’il a admiré les musiciens noir américains avant l’Amérique, qu’il a séparé l’église de l’état, qu’il a institué les congés payés, qu’il a libéralisé la pilule et l’avortement, qu’il a aboli la peine de mort et qu’il a produit les fables de La Fontaine, le théâtre de Molière, l’hymne à la liberté de Rousseau ainsi que la plupart des auteurs et philosophes des Lumières.

C’est pourquoi la France apprécie la beauté et l’intelligence, qu’elle s’émerveille des progrès de la science et qu’elle croit en l’enseignement.

 

 

Mes chers amis,

 

Cet été, jelisais Peguy pour la nième fois et une phrase m’a réellement interpellé : « il y a pire qu’une mauvaise pensée, une pensée toute faite » écrivait ce grand patriote tombé sur le champ d’honneur au tout début de la première guerre mondiale. Cela m’a fait penser que nous vivions aujourd’hui malheureusement une époque où la bien-pensance triomphe sans combat, où les certitudes les plus tendancieuses dominent sans examen, où les fanatismes les plus brutaux gangrènent notre société où, à moins de 2000 km de chez nous, nous voyons se former des marchés aux esclaves. Il est temps pour vous ingénieurs, acteurs du changement du monde, bâtisseurs du monde de demain, futures élites de la nation, d’être impertinents, audacieux et défenseurs infatigables de l’altérité.

Je vous demande aussi d’aimer sans mesure la liberté et d’agir toujours en homme libre.

C’est cette liberté-là qui différencie l’homme de l’animal car là où nous, nous pouvons être libres, eux sont prisonniers de leur instinct.

Comme l’a écrit Rousseau dans « le discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes « (1755), « chez l’homme la volonté parle encore quand la nature se tait ». La liberté est donc l’essence même de l’humanité. Permettez-moi de préciser : Je vous parle de cette liberté qui rend l’homme heureux.

Je vous parle de cette liberté dans laquelle il n’y a pas de places aux excès de désirs insensés.

Cette liberté où l’on ne se compare pas aux autres, cette liberté qui n’est pas de vouloir davantage que ce que possède l’autre, et qui devient vite source de frustration.

 

Je parle de cette liberté rationnelle qui consiste à obéir à la loi qui ne vient ni du monarque, ni de Dieu mais qui est faite par le peuple, par les citoyens comme l’a dit justement Rousseau dans « le contrat social » en 1762. Cet entendement de la loi, vous devez l’appliquer aussi bien dans le monde professionnel.

Ne restez même pas un jour dans une entreprise où les règles appliquées sont en contradiction avec vos valeurs.

 

Mes chers diplômés,

 

Je vous demande aussi d’être épicurien, de satisfaire vos désirs nécessaires et vos désirs naturels sans en demander toujours plus et de découvrir qu’il y a bien d’autres satisfactions que l’importance du chiffre qui s’affiche à la dernière ligne de votre fiche de paye ou de la marque de votre voiture de fonction.

 

Enfin, un dernier conseil : n’oubliez pas que le principal devoir de tout Homme, c’est d’être heureux, alors soyez-le. Vous constaterez que le bonheur est une maladie contagieuse et que, par conséquent, vous allez être entourés de gens heureux.

 

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un bon vent tout en vous demandant de ne pas oublier que toute votre vie durant, vous resterez membre de la famille Eistienne.