Félicitations aux diplômés 2018

Nesim Fintz

Aujourd’hui c’est la dernière fois que je prends la parole lors d’une remise des diplômes de l’EISTI en tant que Directeur Général Fondateur et vous comprendrez l’émotion qui m’envahit.

Lorsqu’on a posé la question à Michelet (grand historien du XIXème siècle) pourquoi il était meilleur que ses collègues, il leur a répondu « parce que j’ai aimé plus ». C’est grâce à vous, mes chers élèves, mes chers anciens, mes chers collègues, que je peux dire, sans prétention aucune, que j’ai aimé plus que mes semblables et je vous en remercie.

J’adresse aussi mes remerciements, comme je le fais tous les ans, aux parents qui nous ont confié leurs enfants et qui les ont soutenus durant toutes leurs années d’études afin qu’ils puissent être armés au mieux pour affronter la vie professionnelle.

 

Chers amis,

 

Je ne peux commencer cette courte allocution sans parler de l’évolution profonde que l’EISTI est en train de vivre. Même si je ne m’imaginais pas lors de la création de notre école en 1983 avec une promotion de 78 élèves, qu’elle serait multipliée par plus de 22 en 35 ans, j’ai toujours eu l’intime conviction que nous allions faire de cette petite école de la grande banlieue parisienne une grande école tant au niveau national qu’international.

L’opportunité nous a été donnée par l’Initiative d’Excellence dont nous avons été lauréats en février 2017 avec nos partenaires, l’Université de Cergy-Pontoise et l’ESSEC. Nous sommes en train de bâtir avec l’UCP un Grand Etablissement qui sera une université de recherche internationale et qui aura pour vocation de faire partie, à horizon de 8 ans, des 200 premières universités mondiales.

Je suis conscient qu’un changement de cette ampleur avec toutes les transformations qu’il implique puisse être source d’inquiétude pour certains, néanmoins  je reste persuadé que c’est la meilleure voie à suivre pour l’avenir des administratifs des enseignants et surtout les élèves et les diplômés de  cette belle institution.

L’école d’ingénieurs de ce Grand Etablissement, dont l’EISTI sera la pièce maitresse, aura un flux d’entrées de 600 élèves ingénieurs dans 3 ans et près de 1000 dans 5 ans. Nous allons ajouter à nos deux spécialités existantes trois voire quatre autres spécialités d’ici deux ans. C’est ainsi que nous serons, en nombre d’élèves, l’une des 3 premières écoles d’ingénieurs françaises avec l’ENSAM et l’INSA de Lyon. Mais c’est surtout qu’avec cette structure, je suis prêt à parier que notre école d’ingénieurs deviendra l’une des 10 meilleures de France. En effet, les deux points d’amélioration de l’EISTI sont ses frais de scolarités et sa recherche.

 A partir de la rentrée prochaine, les frais de scolarités des nouveaux entrants en cycle ingénieur s’aligneront avec ceux des meilleures écoles d’ingénieurs publiques.

Quant à la recherche, l’école d’ingénieurs du Grand Etablissement aura dix fois plus de doctorants, sept fois plus d’enseignants habilités à diriger la recherche et au minimum quatre fois plus d’enseignants chercheurs, ce qui aura pour conséquence l’enrichissement exceptionnel de la qualité de notre recherche.

De plus nous allons mettre un coup d’accélérateur à notre développement international notamment en bâtissant une université européenne avec nos partenaires : Warwick, VUB, l’Université de Ljubljana, Pompeu Fabra.

Concernant les autres critères, nous allons bien évidemment garder notre rang. A ce sujet dois-je vous rappeler qu’il y a deux ans, nous avons été la première école d’ingénieurs en insertion professionnelle et la 7ème l’année dernière et que la moyenne annuelle des salaires de sortie de nos diplômés de l’année dernière est de 42300€ d’après l’enquête CGE qui fait autorité en la matière.

Certes je quitte mes fonctions de Directeur Général mais je resterai en tant que responsable des relations institutionnelles jusqu’à ce que cette école d’ingénieur voit son projet aboutir. Ce qui prendra, je vous rassure au maximum trois ans.

 

Chers amis,

 

Lors de ce dernier discours en tant que Directeur Général, je voudrais partager avec vous les ambitions que furent les miennes durant ces 35 ans. J’insisterai, vous devez vous en douter, sur les aspects humains plutôt que les aspects technologiques.

Nous avons été en 1989, il y a donc pratiquement 30 ans, la première école d’ingénieurs à rédiger une charte et je peux vous dire qu’aujourd’hui je suis fier de constater que l’ensemble des Eistiens adhère à ces valeurs, valeurs que je me permettrai de vous rappeler très rapidement.

  • L’éthique : rigueur de travail, honnêteté intellectuelle, moralité professionnelle et humanisme personnel fondent notre éthique. Se souvenir toujours que l’économie est au service de l’homme et non l’inverse, que l’argent n’est qu’un moyen et non une fin et que, dans ce monde trop souvent guidé par l’ivresse matérialiste et la cupidité du profit, moralité et vertu sont les seuls investissements à long terme. Notre éthique bannit les exclusions et les discriminations de toute nature et se fonde sur le seul mérite de l’intelligence, du travail et de l’humanité.
  • La solidarité : la solidarité est le ciment de l’EISTI. Personne ne doit rester au bord du chemin dans notre famille. L’égoïsme est la négation même de ce que nous vous avons enseigné à l’EISTI. Aucune réussite personnelle et encore moins aucun échec ne nous retourne de cet élan qu’est le nôtre.
  • L’ouverture d’esprit : Je peux vous dire qu’à 68 ans, je suis persuadé que la seule véritable jeunesse est celle de l’esprit. L’ouverture d’esprit nous offre cet élan intuitif vers autrui. Elle contourne les obstacles entre les hommes, ceux des cultures, des opinions ou des confessions. Elle demeure l’exigence pour chacun d’entre nous.
  • Le professionnalisme : Jean-Jacques Rousseau suggérait aux éducateurs en évoquant leurs élèves : « Faites en vos égaux afin qu’ils le deviennent ». Cette devise a permis à nos professeurs de dispenser un enseignement de qualité et d’offrir un savoir toujours plus pertinent à nos élèves de telle sorte qu’une fois diplômés, ces hommes et ces femmes studieux et talentueux deviennent progressivement libres et responsables de leur propre destin. Pour qu’alors ils soient sans crainte quant à leur avenir professionnel et sans arrogance vis-à-vis d’autrui. L’adhésion à cette valeur intemporelle est l’une des clés de voute de notre institution, l’une de nos signatures.

Un deuxième point que je voudrais évoquer, c’est l’humanisme qui m’est tellement cher et que j’ai voulu partager aussi bien avec mes élèves qu’avec mes collègues. En effet j’ai toujours mis l’élève au centre de mes préoccupations et j’ai essayé d’apporter à chacun d’entre eux une attention particulière, permettez-moi de le dire, l’attention d’un père pour ses enfants.

L’humanisme pour moi c’est la foi en l’homme et la confiance dans la nature humaine. C’est aussi la recherche de la construction d’une société idéale. Comment ne pas penser à ce stade aux écrits d’Erasme de Rabelais et de Montaigne. Plus concrètement pas une seule fois durant les 35 ans que j’ai passés à la tête de cette merveilleuse école, un élève n’est sorti de mon bureau sans avoir une réponse adéquate à ses préoccupations.

Un troisième point qui me parait essentiel a été ma volonté de partager avec mes élèves la notion de laïcité et de faire en sorte que l’EISTI soit son foyer inexpugnable. Pour nous la laïcité est le pilier du respect, le respect des différences. La laïcité c’est la liberté de toutes les libertés. Elle n’exclut pas mais tâche de comprendre, elle n’interdit pas mais respecte toutes les convictions. La laïcité est une flamme fragile que nous nous efforçons de protéger des vents nourris par la folie de la haine.

La laïcité, en ce qu’elle accueille en son sein toutes les diversités, en les transcendant en une communauté unie et unique, est fraternité. Elle a permis et surtout encouragé en refondant le droit sur la conscience de ce qui est dû à tout être humain sans distinction aucune, une égale liberté de choisir sa conduite comme son être.

 

En quatrième lieu, je voudrais vous parler de la valeur que j’attache à la culture et que j’ai essayé de transmettre avec l’aide de mes collègues à nos élèves. La mondialisation, même si elle a des bons côtés, elle a aussi pour conséquence l’uniformisation du monde. Lorsqu’on se balade dans les villes à travers le monde, on se rend compte qu’elles sont devenues à peu près identiques sauf certains bâtiments qui se dressent pour nous rappeler leur histoire. Je suis incapable de voir en un clin d’œil la différence qu’il y a entre Paris, Londres, New York, Budapest ou Istanbul, lorsque j’ouvre les yeux dans une rue commerçante tellement les marques sont les mêmes. Il nous faut donc, plus que jamais, transmettre notre culture.

En effet, la culture s’accroit à mesure qu’elle est transmise et elle grandit par le fait même d’avoir été partagée. Tout le contraire d’un capital qui se divise aussitôt qu’il est partagé. J’estime, quant à moi, que si la culture n’empêche pas l’homme d’être inhumain, l’inculture l’empêche d’être humain.

Que restera-t-il de l’homme quand, comme le veut Pierre Bourdieu, toute la culture aura été déconstruite ? Il ne restera que la barbarie.

Je suis plutôt d’accord avec François-Xavier Bellamy qui dit que la culture est quelque chose que l’on transmet et que le défaut de transmission est un crime contre l’humanité.

Je refuse la modernité où il n’y a plus de place à la tradition, à la transmission et à la culture. En paraphrasant Mahler et Jaurès, je confirme que la tradition que nous transmettons consiste à nourrir la flamme et non à vénérer les cendres.

Enfin, je profite de mon dernier discours de remise des diplômes pour partager avec vous mon amour pour la France. Si je suis en face de vous aujourd’hui, si j’ai pu faire quelque chose de ma vie, je le dis sans arrogance aucune, et surtout avec une grande humilité, c’est grâce à la générosité de la France qui m’a permis d’être boursier et ce, suite à une décision du Général de Gaulle.

J’aime cette France qui apprécie la beauté, l’intelligence, qui milite pour le droit, qui s’émerveille des progrès de la science et qui croit en l’enseignement de la connaissance. Comme le dit Philippe Val, la France qui est capable de dire « nous sommes l’autre », la capacité à faire sienne l’humanité dans son ensemble.

Je ne peux m’empêcher de citer Gombrovicz qui disait avec clairvoyance : « être français c’est justement prendre en considération autre chose que la France ». Comment ne pas aimer la France qui a fait de Zola son idole, qui a pleuré à chaudes larmes l’enterrement de Victor Hugo, qui a admiré les musiciens noirs américains avant l’Amérique. Cette France qui a séparé l’Eglise de l’Etat, qui a institué les congés payés, qui a aboli la peine de mort, qui a permis l’émancipation de la femme, qui a produit les fables de la Fontaine, le théâtre de Molière et l’hymne à la liberté de Rousseau.

J’aime cette France qui a glorifié comme héros les 23 personnes aux noms imprononçables de la bande de Missak Manouchian, ces 23 qui avaient épousé la France, à la vie à la mort, dans la vie et dans la mort.

Ces 23 noms qui ont été mis sur « l’Affiche Rouge » où ils ont été traités de gueules de criminels à la solde de Londres et de Moscou, des gueules d’anti France. Je me pose la question : Laquelle est l’anti France ? Laquelle est la France ? les 23 étrangers ou bien les collabos qui les ont livrés aux nazis ?

Chers amis et maintenant je peux vous dire chers diplômés, n’oubliez surtout pas que l’EISTI reste votre maison et que vous êtes toujours les bienvenus même si je ne serai pas là pour vous accueillir. Je vous souhaite une vie professionnelle et personnelle aussi épanouie, aussi paisible, aussi heureuse que possible et comme je le dis souvent, n’oubliez pas que le bonheur est une maladie contagieuse qui a l’avantage de permettre d’être entouré de personnes heureuses lorsqu’on l’est soit même.