Discours de Nesim Fintz lors de la remise de diplômes des Mastères Spécialisés®

Nesim FINTZ

C’est toujours un grand honneur, une immense satisfaction et une profonde émotion de vous retrouver pour la remise de vos diplômes.

Avant de commencer cette cérémonie, je voudrais vous proposer une minute de silence pour honorer la mémoire des victimes des attentats du 13 novembre et aussi de tous les êtres qui nous ont quittés.

-- Minute de silence --

Mes chers diplômés, vous avez vraiment de quoi être fiers aujourd’hui :

Fiers d’avoir acquis un diplôme de qualité après de dures et longues études.

Fiers d’avoir acquis un savoir personnel qui vous permettra d’envisager la vie, votre vie, avec plus de confiance et plus de sérénité.

Et plus généralement

Fiers d’être les enfants d’une culture riche  dont je suis sûr que vous allez raviver l’éclat avec votre travail, votre enthousiasme et votre optimisme.

Fiers enfin d’être les citoyens d’une République qui est généreuse avec tous ses enfants sans distinction de couleur de peau, de religion, d’origine ou de je ne sais quel autre critère discriminatoire pour les uns et d’être les invités de cette République qui est prête à vous intégrer en son sein si tel était votre volonté pour les autres.

Chers amis,

Je profite de cette remise de diplômes pour vous suggérer d’avoir un esprit critique en toute circonstance.

Sachez dire non aux apparences quelles qu’elles soient : 2 exemples historiques avant de vous donner un exemple contemporain :

Le Général de Gaulle, lorsque le Président Roosevelt lui a dit que Vichy représentait une certaine face de la France, a dû répondre : « non la France est toute entière où je suis ». Dans ces paroles, il n’y a ni un souhait, ni une espérance mais une certitude.

Du temps de Galilée, tout le monde pensait que

- le soleil tournait autour de la terre qui elle-même était immobile

- qu’un kilo de plomb tombait plus vite qu’un kilo de plume

- que les objets tombaient parce qu’ils avaient tendance à se diriger du haut vers le bas.

Or qu’a dit Galilée ? Que tout cela n’est qu’illusion et contrairement à tout ce que l’on perçoit :

- c’est la terre qui tourne autour du soleil et sur elle-même

- un corps lourd tombe à la même vitesse qu’un corps léger si l’on réalise le vide

- et enfin puisque la terre tourne, il n’y a ni haut, ni bas et donc aucune propension à se diriger de l’un vers l’autre.

 

Revenons à aujourd’hui : Que dit-on du marché ?

Le marché est juste, les règles du jeu sont les mêmes pour tout le monde et on ne peut s’en prendre qu’à soi même si on ne réussit pas.
Le marché est efficace, il résulte de l’équilibre entre l’offre et la demande et permet donc d’ajuster l’un à l’autre.
Le marché bénéficie à tout le monde : il ne force personne, si j’achète ou si je vends, c’est bien que j’y trouve mon avantage.
Le marché libère la créativité et stimule le progrès : il dirige l’attention des inventeurs vers les vrais problèmes et récompense ceux qui savent les résoudre.

Or que constatons nous ?

Le marché est souvent injuste, il suppose la propriété privée et chacun ne peut vendre que ce qu’il a. S’il n’a rien, il doit vendre son travail pour acheter sa subsistance. Le marché redistribue les biens, pas les richesses. Les riches restent riches et les pauvres restent pauvres.
Le marché n’est pas efficace : en 2008, le marché le plus important et le plus surveillé du monde, le marché financier s’est effondré entrainant dans sa chute toute l’économie mondiale. Il a fallu l’intervention massive des gouvernements pour sauver les banques. Depuis le marché financier est reparti à la hausse alors que l’économie mondiale est toujours en récession. Qui peut discerner une once d’efficacité là-dedans ?
Le marché ne bénéficie pas à tout le monde : qui oserait prétendre que la mondialisation a bénéficié aux ouvriers français dont le travail est délocalisé vers l’Europe de l’Est ou vers l’Asie, ou aux paysans africains dont le coton ne peut pas lutter sur les marchés internationaux avec le coton massivement subventionné produit aux Etats Unis.
Le marché crée des contraintes tout autant que des incitations et l’histoire témoigne que les découvertes scientifiques décisives ainsi que les progrès technologiques les plus importants sont intervenus dans les milieux libérés de ces contraintes. La découverte de la pénicilline et la découverte de la structure en hélice de l’ADN ont eu lieu dans un cadre universitaire. Ni Alexandre Flemming, ni WATSON et CRICK n’étaient motivés par l’appât du gain fort heureusement d’ailleurs car ils n’ont fait fortune ni l’un ni les autres. 

Cela étant dit, je dois vous préciser que bien évidemment, je suis pour la juste rémunération du travail et de l’innovation.

J’ai l’impression que tel l’aveugle de Descartes qui entraine le clairvoyant dans la cave pour se battre, les marchés avec leur court termisme sont aveugles et nous entrainent dans une cave sans issue.

Certes, et heureusement, le marché voit aussi naître de nouveaux acteurs, de nouvelles formes d’échange, de nouvelles formes de communication et de relations entre les hommes et les entreprises; l’économie de partage, l’économie sociale et solidaire font leur apparition.

Finalement, ce que je souhaite avant tout vous dire aujourd’hui, mes Chers Diplômés, et vous n’en serez pas surpris, c’est que l’humain reste la clé. Vous allez être aux commandes du monde de demain. Vous êtes notre promesse, une promesse en laquelle j’ai toute confiance et grand espoir.

Lourde responsabilité me direz-vous !

Alors que faire ?

Agir en toutes circonstances en vous référant à nos quatre valeurs qui sont en parfaite adéquation avec les valeurs de la France, celles qui forgent son identité remarquable, celles qui la confortent lorsque les difficultés l’assaillent et qui la transportent lorsque le succès lui sourit. Lorsqu’elle est courageuse et exemplaire. Lorsqu’elle mérite le respect et la reconnaissance de tous et de chacun.

 

Le professionnalisme : Jean-Jacques ROUSSEAU suggérait aux éducateurs en évoquant leurs élèves : « faites-en vos égaux afin qu’ils le deviennent ». Et, en effet, cette devise a permis à nos professeurs de dispenser un enseignement de qualité et d’offrir un savoir toujours plus pertinent à nos diplômés, de telle sorte que ces hommes et ces femmes, studieux et talentueux, deviennent progressivement libres et responsables de leur propre destin. Pour qu’alors, ils soient sans crainte quant à leur avenir professionnel et sans arrogance vis-à-vis d’autrui. L’adhésion à cette valeur intemporelle est l’une de nos clés de voûte, l’une de nos signatures. Elle est une force qui va, une certitude qui grandit chacune et chacun d’entre nous, professeurs comme élèves.

 

L’ouverture : elle est dans les gênes du peuple de France et ce depuis fort longtemps. GOMBROWICZ disait, avec clairvoyance : « Etre français c’est justement prendre en considération autre chose que la France ». La France qui, grâce aux Lumières, a su opposer à la bêtise haineuse du Volgeist - le génie national prussien - son universalisme, son ouverture au monde. Je ne manquerai pas d’évoquer ici FUSTEL de COULANGES : « Ce qui distingue les nations n’est ni la race, ni la religion. Les hommes sentent dans leur cœur qu’ils sont un même peuple lorsqu’ils ont une communauté d’idées, d’intérêt, d’affection, de souvenir et d’espérance. Voila ce qui fait la patrie, c’est ce qu’on aime. ». Cette ouverture-là saura toujours nous éviter la peur et le repli. Cette ouverture-là s’inscrit également dans la vie de l’EISTI. Dans notre vie.

 

La solidarité, encore une valeur très forte de notre institution : « l’intérêt des particuliers se trouve dans l’intérêt commun. Vouloir s’en séparer, c’est vouloir se perdre » écrivait Montesquieu. Dans le pays de la Sécurité Sociale - qui aura été la plus grande avancée sociale du 20ème siècle -, la solidarité est une valeur d’évidence. Dans notre école, elle s’y épanouit concrètement, entre profs, entre élèves, entre promos et selon des modalités très diverses. Parmi celles-ci, nos bourses internes d’un montant de plus de 350k€ constituent les preuves tangibles de cette identité eistienne. Il y a un grand bonheur à être solidaire, il y a une grande urgence à maintenir cette valeur qui est à la fois une nécessité et une force.

 

Quant à l’éthique, quitte à vous surprendre, je dirais que c’est bien celle de la 3ème République qui nourrit notre institution. L’éthique de Jules Ferry, celle des blouses grises et des hussards noirs de la République, comme l’écrivait Charles PEGUY, celle de ceux qui ont su faire de l’éthique judéo-chrétienne une éthique laïque en adoptant et en adaptant la parabole des talents, dans un pays où le seul mérite qu’on gratifiait alors était le mérite républicain, celui qui repose, avant tout et plus que tout, sur le travail. Sans aucune discrimination, fusse-t-elle positive.

Le temps est donc venu de vous saluer toutes et tous et de vous dire quel plaisir et quel bonheur vous me faites de représenter, ce 5 décembre 2015, les 13ème promotions des MS IE et ID et la troisième de ERP Management.